A l’instigation de François 1er, Le Havre fut construit sur les marais de l’estuaire de la Seine. Leure, futur quartier de l’Eure, était alors un village de pêcheurs. Le Havre fut un port, avant d’être une ville. Son développement est principalement lié à ce statut portuaire. Pourtant depuis quelques années, le port s’installe de plus en plus loin de la ville dans l’estuaire, sur des terrains plus vastes capables d’accueillir les nouvelles activités, abandonnant ses anciennes installations. Le choix du quartier de l’Eure est directement lié à cette réalité: les hangars, les bassins sont aujourd’hui dans l’attente de nouvelles fonctions, de nouveaux usages.

Le quartier de l’Eure est le lieu où la ville et le port se rencontrent. Cette interface entre ville et port fabrique un paysage urbain basé sur des changements d’échelle maisons/entrepôts, ruelles/grands espaces de manœuvre. Les bassins et les très larges espaces publics sont les caractéristiques du quartier et de son urbanisme discontinu et peu dense. La ville est ici en attente, et c’est bien souvent ce qui perturbe les visiteurs. De nombreux sites passent d’un statut portuaire à un statut urbain ou bien sont abandonnés, générant alors des espaces en friche.

Le quartier de l’Eure est un quartier dans lequel on se promène peu. C’est pour cela que sa confrontation avec l’idée de jardin nous paraît intéressante à susciter, afin d’inviter le plus grand nombre à venir le découvrir dans toute sa diversité, dans sa richesse, et dans ce qui constitue son identité. Il ne s’agit pas de développer une quelconque nostalgie de l’activité portuaire disparue, ni de s’apitoyer sur un passé florissant, mais au contraire de saisir les occasions d’un renouveau du quartier en s’appuyant sur son histoire, sur sa mémoire.

Au-delà du bassin Vauban, les interventions entreprises autour de la gare SNCF, le développement du "quartier étudiant" et le projet de franchissement sur le bassin Vauban conduiront à rapprocher le quartier de l’Eure du centre ville. Plus directement, les transformations en cours sur le quartier Vauban, le pont prévu sur le bassin de l’Eure vont modifier la morphologie et la pratique du quartier Saint-Nicolas.
Nous avons l’ambition, en donnant à voir ce quartier par le biais des Jardins Temporaires de sensibiliser le regard, d’apprendre à regarder ce quartier et par là-même de contribuer, nous l’espérons, à une évolution "intelligente" de ce quartier, basée sur une réalité et une sensibilité du lieu.

crédits photographiques: Yann Monel

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